Syndrome de stress tibial médial
Périostite tibiale chez le coureur : comprendre et traiter à La Garde
La périostite tibiale est la blessure la plus fréquente chez les coureurs débutants et lors des reprises trop rapides. Elle se soigne, mais elle demande du temps et un réglage précis de la charge d'entraînement.
Relu par Pierre Ibgui, kinésithérapeute D.E., le 18 septembre 2026
- La périostite tibiale est une douleur diffuse du bord interne du tibia, liée à une charge que l'os n'a pas eu le temps d'encaisser.
- Aucun traitement ne fait clairement mieux qu'un autre : on règle la charge et on renforce, progressivement.
- Comptez en général autour de deux mois, avec de grands écarts d'une personne à l'autre.

Ce que c'est
La périostite tibiale, ou syndrome de stress tibial médial, est une douleur d'effort le long du bord interne du tibia. Elle est diffuse : elle s'étend sur plusieurs centimètres, le plus souvent sur la moitié basse de l'os. Selon les études, elle touche entre un coureur sur vingt et un sur trois.
Les travaux sur le mécanisme décrivent une atteinte diffuse de la membrane qui entoure l'os, le périoste, associée le plus souvent à de petites lésions de l'os juste en dessous. On ne sait pas encore lequel des deux réagit en premier.
Le diagnostic se fait en consultation, sans imagerie dans la plupart des cas : douleur à l'effort sur le bord interne du tibia, qui persiste souvent après l'arrêt, et sensibilité diffuse quand on appuie sur l'os. Deux praticiens qui examinent la même personne arrivent presque toujours à la même conclusion.
D'où viennent ces chiffres
Prévalence de 5 à 35 % des coureurs et mécanismes lésionnels, périoste et os cortical (Franklyn, 2015). Fiabilité de l'examen clinique : coefficient de concordance de 0,89 entre praticiens dans un travail néerlandais (Winters, 2018).
Pourquoi ça arrive
La charge d'entraînement est le point de départ le plus fréquent. Chez des coureurs débutants suivis un an, ceux qui augmentaient leur distance hebdomadaire de plus de 30 % en deux semaines se blessaient davantage que ceux qui restaient sous 10 %. L'écart n'était pas assez net pour conclure, et les auteurs le présentent comme une piste : progresser par paliers est un principe raisonnable, que cette étude ne prouve pas.
Plusieurs facteurs individuels reviennent : un poids élevé, un pied dont la voûte s'affaisse, une cheville très souple vers le bas, une hanche qui tourne beaucoup vers l'extérieur. Avoir déjà eu une périostite multiplie le risque par près de quatre, et courir depuis peu d'années augmente aussi le risque, ce qui colle au profil des débutants et des reprises.
Le rôle du mollet est plausible mais pas tranché. Les personnes atteintes ont souvent des mollets moins volumineux, qui fatiguent plus vite, et un muscle profond du mollet qui travaille plus fort à la propulsion. Mais ces études comparent des gens déjà blessés à des gens sains : on ne peut pas dire si ces différences causent la périostite ou en résultent.
D'où viennent ces chiffres
Progression de la distance : cohorte de 874 coureurs débutants suivis un an, écart non significatif présenté comme exploratoire (Nielsen, 2014, JOSPT). Facteurs de risque : deux méta-analyses, indice de masse corporelle élevé, chute naviculaire, amplitude de flexion plantaire, rotation externe de hanche, antécédent de périostite avec un risque multiplié par environ 3,7, faible nombre d'années de pratique (Newman, 2013 ; Hamstra-Wright, 2015). Mollet : revue systématique de 17 études, majoritairement de type cas-témoins (Mattock, 2021).
Comment on la traite au cabinet
Aucun traitement ne fait clairement mieux que les autres. Les études comparatives chez les coureurs sont rares et petites, et leurs résultats trop différents pour conclure. Une synthèse plus ancienne arrivait déjà au même constat.
L'approche la plus cohérente avec ce qu'on sait : régler la charge, et augmenter progressivement ce que la jambe est capable d'encaisser, renforcement du mollet compris. Au cabinet, cela donne un bilan pour repérer ce qui a changé dans votre entraînement et ce qui limite votre jambe, un renforcement progressif sur le plateau, puis une reprise de la course avec des critères. Dans un essai, ajouter des étirements et du renforcement des mollets à un programme de course progressif n'a pas fait gagner de temps. Le renforcement sert à supporter plus de charge sur la durée, il n'accélère pas la guérison.
Nous utilisons la thérapie manuelle en complément, pour le confort : elle ne fait pas partie des traitements validés. Côté semelles, l'effet existe mais reste modeste. Ajoutées à une prise en charge complète, des semelles avec soutien de voûte ont réduit la douleur pendant trois mois, sans différence au-delà. En prévention, les semelles qui limitent la pronation réduisent le risque ; les semelles amortissantes, non. Avoir porté des semelles auparavant ressort pourtant comme lié à un risque plus élevé, sans qu'on sache si c'est la semelle ou le profil de ceux qui en portent.
D'où viennent ces chiffres
Coureurs : revue systématique de 3 essais randomisés, 130 coureurs, données limitées et hétérogènes (Teles, 2026). Revue de 11 essais au même constat (Winters, 2013). Étirements et renforcement du mollet sans gain de temps : essai randomisé chez 74 athlètes (Moen, 2012). Semelles en traitement : douleur réduite à 6 et 12 semaines contre semelles factices, pas de différence maintenue à 18 semaines (Naderi, 2022). Prévention : semelles anti-pronation efficaces avec certitude modérée, semelles amortissantes sans effet avec certitude élevée (Marques, 2025). Port antérieur de semelles associé à un risque plus élevé : méta-analyse (Newman, 2013).
Combien de temps
Les délais viennent de coureurs suivis jusqu'à la guérison. Chez des débutants blessés, toutes blessures confondues, la récupération prenait en général un peu plus de deux mois, et la moitié ne pouvaient toujours pas courir un kilomètre sans douleur après dix semaines.
Chez des coureurs de loisir, la périostite était la blessure la plus longue à guérir : autour de deux mois, mais avec des écarts énormes : certains récupèrent en quelques semaines, d'autres en plusieurs mois. Dans un essai, près d'un participant sur cinq a quitté l'étude faute de progrès.
La reprise se décide sur des critères. Avant de recourir : plus de douleur quand on appuie sur l'os, marche sans douleur, tests de force et de mise en charge réussis, et avoir identifié ce qui a causé la blessure. On reprend ensuite en alternant marche et course, en augmentant la distance avant la vitesse. Ces repères viennent d'une revue sur l'ensemble des lésions de stress du tibia, avec un niveau de certitude faible.
D'où viennent ces chiffres
254 coureurs débutants blessés : délai médian de 71 jours, la moitié incapables de courir 2 fois 500 mètres sans douleur à 10 semaines (Nielsen, 2014, PLoS ONE). Coureurs de loisir : 70 jours en médiane pour la périostite, écart interquartile de 89 jours (Mulvad, 2018). Abandons : près de 19 % dans l'essai randomisé de Moen, 2012. Critères de reprise : revue de 50 études sur les lésions de stress du tibia, imagerie de consolidation pour les lésions à haut risque, niveau de preuve faible (George, 2024).
Quand consulter
Un avis est utile dès que la douleur revient à chaque sortie, persiste après l'arrêt, ou vous oblige à réduire vos séances. Le bilan sert à trouver ce qui a déclenché l'épisode et à fixer un plan de charge, ce qui est difficile à faire seul.
Certains signes font chercher autre chose qu'une périostite. Une douleur concentrée sur un point précis du tibia, présente à la marche, au repos ou la nuit, fait penser à une fracture de fatigue. Une sensation de tension, de gonflement, de faiblesse ou de fourmillements qui arrive après quelques minutes d'effort et disparaît à l'arrêt évoque un syndrome de loge. Ces deux situations relèvent d'un avis médical : le cabinet ne fait pas d'imagerie et vous orientera.
L'imagerie n'est pas nécessaire pour confirmer une périostite typique. Elle sert à écarter les autres causes, et l'IRM est l'examen de référence pour les lésions de stress de l'os. Elle doit être lue avec l'examen : on trouve des anomalies chez des gens qui n'ont aucune douleur.
D'où viennent ces chiffres
Diagnostic différentiel des douleurs de jambe à l'effort, fracture de fatigue et syndrome de loge d'effort, place de l'IRM (Bosnina, 2023 ; George, 2024).
Les signes
- Une douleur le long du bord interne du tibia, étendue sur plusieurs centimètres et non sur un point précis
- Une douleur qui apparaît pendant la course et qui persiste souvent après l'arrêt de la séance
- Une sensibilité diffuse quand on appuie sur le bord interne du tibia
- Un début de symptômes après une reprise, une augmentation de volume ou les premières semaines de course à pied
- Une gêne fréquemment présente des deux côtés
Au cabinet
Cabinet à La Garde, au 655 Chemin des Plantades. Patients de Toulon, La Valette-du-Var, Le Pradet, La Crau, Carqueiranne et Hyères.
Cette page n'est pas un diagnostic. Elle dit ce que les études montrent, en général. Votre situation se juge en consultation, et certains signes relèvent d'abord de votre médecin.
Questions fréquentes
Combien de temps dure une périostite tibiale ?
En général autour de deux mois, avec de très grands écarts : quelques semaines pour certains, plusieurs mois pour d'autres. Chez des coureurs débutants, la moitié ne pouvaient toujours pas courir un kilomètre sans douleur après dix semaines. Personne ne peut annoncer une date à l'avance.
Est-ce que je peux continuer à courir avec une périostite ?
Le plus souvent, on réduit plutôt que d'arrêter, puis on réaugmente par paliers, en alternant marche et course. La douleur pendant et après la séance sert de repère. Le volume à garder dépend de votre situation et se décide en consultation.
Comment savoir si c'est une fracture de fatigue ?
La périostite donne une douleur diffuse, sur plusieurs centimètres du bord interne du tibia. Une douleur sur un point précis, qui gêne à la marche ou réveille la nuit, fait suspecter une fracture de fatigue et justifie un avis médical. Seule l'IRM permet de trancher, et elle se lit avec l'examen.
Les semelles servent-elles à quelque chose ?
Un peu. En traitement, des semelles avec soutien de voûte ont réduit la douleur pendant trois mois, sans différence au-delà. En prévention, celles qui limitent la pronation réduisent le risque, les semelles amortissantes non. Elles ne remplacent pas la gestion de la charge.
Faut-il muscler les mollets ?
Oui, pour supporter plus de charge ensuite. Un essai n'a pas montré que le renforcement raccourcissait le délai de reprise, et les personnes atteintes ont souvent des mollets moins forts, sans qu'on sache si c'est une cause ou une conséquence.
Sources
Relu par Pierre Ibgui le 18 septembre 2026
- 01Risk factors associated with medial tibial stress syndrome in runners: a systematic review and meta-analysisNewman P, Witchalls J, Waddington G, Adams R. Open Access Journal of Sports Medicine, 2013.
- 02Risk factors for medial tibial stress syndrome in physically active individuals such as runners and military personnel: a systematic review and meta-analysisHamstra-Wright KL, Bliven KC, Bay C. British Journal of Sports Medicine, 2015.
- 03Treatment of medial tibial stress syndrome: a systematic reviewWinters M, Eskes M, Weir A, Moen MH, Backx FJG, Bakker EWP. Sports Medicine, 2013.
- 04Preventive interventions for medial tibial stress syndrome: systematic review and meta-analysisMarques TBT, Rangel RPS, Martins LV, Vidal APC. Gait & Posture, 2025.
- 05Load-induced medial leg pain in runners: a systematic review of non-invasive treatment approachesTeles AI, da Silva Carto JP, Parpa K, Thuany M, de Vasconcelos GS. Physical Therapy in Sport, 2026.
- 06The treatment of medial tibial stress syndrome in athletes: a randomized clinical trialMoen MH, Holtslag L, Bakker E, Barten C, Weir A, Tol JL, Backx F. Sports Medicine, Arthroscopy, Rehabilitation, Therapy & Technology, 2012.
- 07Medial tibial stress syndrome: diagnosis, treatment and outcome assessment (PhD Academy Award)Winters M. British Journal of Sports Medicine, 2018.
- 08Criteria and guidelines for returning to running following a tibial bone stress injury: a scoping reviewGeorge ERM, Sheerin KR, Reid D. Sports Medicine, 2024.
- 09Aetiology and mechanisms of injury in medial tibial stress syndrome: current and future developmentsFranklyn M, Oakes B. World Journal of Orthopedics, 2015.
- 10Foot orthoses enhance the effectiveness of exercise, shockwave, and ice therapy in the management of medial tibial stress syndromeNaderi A, Bagheri S, Ramazanian Ahoor F, Moen MH, Degens H. Clinical Journal of Sport Medicine, 2022.
- 11Excessive progression in weekly running distance and risk of running-related injuries: an association which varies according to type of injuryNielsen RØ, Parner ET, Nohr EA, Sørensen H, Lind M, Rasmussen S. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2014.
- 12Are leg muscle, tendon and functional characteristics associated with medial tibial stress syndrome? A systematic reviewMattock JPM, Steele JR, Mickle KJ. Sports Medicine - Open, 2021.
- 13Developing a diagnostic framework for patients presenting with exercise induced leg pain (EILP): a scoping reviewBosnina F, Padhiar N, Miller S, Girotra K, Massoura C, Morrissey D. Journal of Foot and Ankle Research, 2023.
- 14Diagnoses and time to recovery among injured recreational runners in the RUN CLEVER trialMulvad B, Nielsen RO, Lind M, Ramskov D. PLoS ONE, 2018.
- 15A prospective study on time to recovery in 254 injured novice runnersNielsen RO, Rønnow L, Rasmussen S, Lind M. PLoS ONE, 2014.
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